DES MOUTONS ET DES HOMMES

LES ORIGINES

Descendant du mouflon comme tous les moutons domestiqués, les moutons mérinos trouvent leur origine en Afrique du Nord. Importée en Espagne par les Maures, cette race de moutons à laine particulièrement fine est baptisée « Merina » et suscite alors toutes les convoitises.

En France, Louis XIV décide de faire venir d’Espagne un troupeau de ces moutons à laine fine et achète le domaine de Rambouillet pour les y implanter. Les moutons issus de cette « mérénisation » seront à l’origine des quatre grandes races de mérinos français : mérinos de Rambouillet, mérinos d’Arles, mérinos précoce et Est à laine mérinos. Cette volonté politique d’amélioration des races lainières françaises survivra au souverain et sera relayée durant tout le dix-neuvième siècle avec la création par les gouvernements successifs de bergeries royales, impériales puis nationales.

Au dix-neuvième siècle, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud et l’Amérique du Sud décident d’importer ces mérinos européens et créent ainsi autant de nouvelles races.

Aujourd’hui, plus de la moitié de la population mondiale de moutons est issue de moutons mérinos ou provient d’un croisement de moutons mérinos.

MOUTONS À VIANDES, MOUTONS À LAINE

Les critères de sélection retenus par les éleveurs ont ensuite fait évoluer les races d’origine : alors que pour les éleveurs européens, l’amélioration de la qualité de la viande primait, les éleveurs australiens ont mis l’accent sur la qualité de la laine. Avec l’arrivée du coton puis des fibres synthétiques, le cours de la laine a fortement chuté et a encouragé les éleveurs européens à sélectionner les moutons pour la taille de leur carcasse et la qualité de leur viande au détriment de leurs qualités lainières.

À l’opposé, les colons australiens étant trop isolés pour exporter de la viande, ils s’appliquèrent pendant des générations à améliorer la toison de leurs moutons afin d’obtenir toujours plus de fibres de laine, plus fines et de la meilleure qualité possible. Mais cette recherche de la perfection lainière et l’industrialisation des élevages se sont aussi faites parfois au détriment de la santé des bêtes et l’usage de pratiques comme le « mulesing » a horrifié à juste titre jusqu’aux plus farouches amoureux de la laine.

VERS D’AUTRES POSSIBLES

Devant ce constat d’une laine locale peu attractive et finalement coûteuse puisque les moutons ont besoin d’être tondus pour leur bien-être, certains éleveurs ont décidé de renouer avec les origines et de sélectionner de nouveau les moutons pour leur qualité lainière.

Dans les Alpes de Haute-Provence, Emmanuel Grancher entreprend ainsi en 2007 de croiser ses mille brebis de mérinos d‘Arles avec du mérinos de Rambouillet pour en affiner la laine. Puis en 2008, il part chercher en bateau six béliers et dix brebis de « Modern merino » en Nouvelle-Zélande. Cette véritable odyssée débouche sur la création d’une laine unique en Europe, baptisée « Maco Merinos », qui rivalise de douceur avec ses parents néo-zélandais tout en étant produite dans des conditions idéales. 

En 2009, la découverte de cette laine, de son histoire et de ce projet humain a résonné au diapason de mes propres recherches de ressources créatives écologiquement et humainement harmonieuses.

En 2011, les premiers fils De rerum Natura, Gilliatt et Pénélope, voient le jour et me font découvrir la vie trépidante d'une petite entreprise en prise avec les joies et les difficultés de la réalité du "made in France" et le bonheur de voir s'envoler ces fils aux quatre coins du monde et vivre sous les doigts de tricoteuses enthousiastes !

Nous sommes très heureux de pouvoir vous proposer aujourd'hui une gamme de fils cardés (Ulysse, Gilliatt et Cyrano), une gamme de fils peignés (Albertine et Pénélope) dans une palette croissante et une jolie collection de modèles modernes et intemporels à tricoter avec conscience et bonheur !

Merci à vous pour cette belle aventure ...

EN SAVOIR PLUS :

Un livre foisonnant et passionnant sur les moutons et leur laine : The knitter’s book of wool, de Clara Parker, édité chez Potter Craft, 2009.

Sur l'histoire des mérinos et des bergeries nationales